Germain Jules Kamta, le secrétaire général de la Socapalm

Le Secrétaire général de la Société camerounaise de palmeraies (Socapalm) apporte des clarifications sur les questions foncières, les opérations de replanting et les initiatives de dialogue engagées avec les communautés riveraines des plantations.

Qu’est-ce qui peut justifier que les femmes de l’Afrise soient descendues dans la plantation Socapalm d’Edéa le 23 janvier 2026 ?

Merci de cette occasion que vous nous donnez pour nous exprimer par rapport à ce qu’on pourrait qualifier d’une intrusion illégale dans notre site d’Edéa. Les femmes Apouth ou l’Association Afrise comme nous l’avons appris ce matin (le 23 janvier 2026, ndlr), sont descendues dans la plantation d’Edéa. La Socapalm Edéa est une entreprise privée. Les choses voudraient quand même que quand quelqu’un veut visiter les lieux, qu’on puisse informer ou alors demander l’autorisation de l’exploitant, du propriétaire des lieux. Cela n’a pas été visiblement le cas. Même si les gens pensent qu’ils ont leurs problèmes. Ils évoquent le problème d’espace vital et il y a toujours eu trop de confusions au niveau d’Edéa sur la propriété.

En fait, aujourd’hui, la plantation d’Edea est une plantation Socapalm toute particulière. Aujourd’hui, on parle de deux catégories de terres à Edéa. Il y a des terres de titres fonciers propres à Socapalm, et une infime partie, qu’on dirait aujourd’hui de moins de 1086 hectares, après les travaux d’état des lieux qui ont été réalisés, qui constituent la concession sur laquelle le bail emphytéotique entre l’Etat et le Cameroun existe.

Et donc, lorsque ces femmes, cette association entre de façon très intempestive dans la plantation Socapalm, dans une propriété privée, il y a lieu de se poser toutes les questions. Il s’agit en quelque sorte d’une violation de domicile, s’il faut l’appeler ainsi, parce que c’est une propriété privée. Et la précaution élémentaire, comme je disais tantôt, qui voudrait qu’on obtienne ou au moins qu’on informe le propriétaire des lieux du passage, ça n’a pas été fait. Nous avons contacté l’autorité administrative compétente pour savoir s’il y avait une autorisation même de l’autorité administrative. Ce n’était pas le cas.

Et le sous-préfet d’Edéa 1er qui a été saisi au téléphone par nous, nous a fait savoir qu’il n’avait donné aucune autorisation à ces femmes d’entrer dans le site de Socapalm. C’est vraiment regrettable.

Nous ne savons pas comment est-ce qu’on peut apprécier ce genre d’acte qui frise une certaine provocation à la limite, parce que l’objectif visé, il faut le dire, c’est pour montrer en mondovision que Socapalm a agressé les femmes, a porté les mains … C’est de la provocation. Au-delà même d’une violation de propriété privée, il s’agit d’une provocation.

Connaissez-vous ces femmes d’Afrise qui ont manifesté ?

Nous savons qu’il y a une association Afrise qui existe. Même comme dans nos démarches, nous avons entrepris la rencontre du ministère de tutelle, le ministère de l’administration territoriale pour savoir exactement si cette association était légalisée, enregistrée dans le fichier. Je vais dire, peut-être avec beaucoup de prudence, qu’au moment où nous posions cette question lors d’une audience qui nous avait été accordée il y a cela un an, c’était encore sujet à vérification. Donc, ce n’était pas évident. Par contre, les autres associations qui avaient été évoquées pour la même question trouvaient directement la réponse de leur existence légale.

Vous parlez d’une énième intrusion de ces femmes dans la plantation. L’entreprise n’engage -t-elle pas une procédure judiciaire pour y remédier ?

Déjà, à chaque fois, non seulement les autorités compétentes ont été saisies, mais elles ont été saisies au moyen des plaintes, des correspondances dans le sens des troubles de jouissance pour chaque fois qu’il y a eu intrusion de cette bande de femmes. L’année dernière, en pleine saison sèche, au moment où la Socapalm organisait les travaux préliminaires au replanting de palmiers à huile, elles ont fait éruption comme d’habitude, avec des brouettes, des bananiers-plantains qu’elles voulaient planter dans la concession abattue, dans les propriétés privées de Socapalm.

Et vous comprenez que cette association est complètement en marge de la démarche légale en matière foncière. Elle veut prendre de force la propriété de la Socapalm.

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Qu’est-ce que ces femmes revendiquent au fond ? Avez-vous déjà échangé avec elles pour comprendre leurs soucis ?

 Il faut dire que ce que ces femmes revendiquent, c’est qu’elles excipent le terme d’accaparement de terres et espace vitale. C’est là où nous nous disons qu’il y a toute une confusion. Elles parlent de l’espace vital. En fait, comme je vous disais tout à l’heure, ces parties qui font l’objet des querelles et autres de leur part, c’est des parties des terres objet des titres fonciers propres à la Socapalm. C’est-à-dire que c’est une propriété privée. Nous avons eu à avoir un entretien avec quelques membres de cette association, tout en leur disant que la question de l’espace vital devrait être orientée à qui de droit.

Nul ne peut contraindre quelqu’un à céder forcément son bien. Il s’agit d’un bien de l’entreprise. Il s’agit d’un bien de Socapalm, de titres fonciers privés. Vous n’allez pas contraindre Socapalm à vous céder de force son bien. Par contre, le problème de l’espace vital, c’est tout à fait légitime, mais on ne sait pas où orienter. Il faut s’adresser à l’autorité administrative.

Il faut s’adresser à l’autorité compétente qui utilisera au besoin, après analyse des besoins réellement, qui est capable ou alors qui peut amener Socapalm à une expropriation pour cause d’utilité publique. Si les besoins d’espace vital se ressent avec acuité, l’autorité, le gouvernement, peut amener Socapalm à céder cet espace pour cause d’utilité publique. C’est la démarche que les gens doivent entreprendre.

Je pense qu’ils le savent très bien, même s’ils ont derrière eux des gens tapis dans l’ombre qui leur disent que c’est en faisant foule, en entrant dans tous les sens, qu’ils se feraient mieux comprendre et que Socapalm sera dépossédé de sa propriété privé.

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Visiblement ces actions de protestation sont posées à chaque fois qu’on annonce une opération de replanting …

… Oui, tout à fait. Le replanting consiste à battre les anciens plants, les palmiers qui sont déjà vieux pour les remplacer par les jeunes plants de dernière génération. Ils se disent, à partir de l’abattage, qu’ils peuvent facilement contraindre Socapalm à céder ou à libérer ou à abandonner ces espaces pour leur profit. Cet appétit, c’est dans ce sens.

C’est parce qu’ils se disent qu’avec l’abattage, au lieu de les laisser planter pour attendre encore un certain nombre d’années, il vaudrait mieux crier, nous faire entendre, pour que finalement, Socapalm abandonne ses plantations à leur profit.

La Socapalm a-t-elle déjà organisé des échanges afin que le problème soit résolu de manière définitive?

Oui, comme vous le savez, dans notre logique, la responsabilité sociale et sociétale de l’entreprise, c’est de travailler de commun accord avec les populations et les communautés riveraines. C’est dans cet esprit que nous tenons des réunions en bipartites entre Socapalm et ses villages riverains et puis des réunions tripartites avec la présence de l’État pour pouvoir échanger sur plusieurs thématiques.

Il est clair que le problème foncier devient le problème le plus important au cours de ces réunions. Mais c’est pour cela aussi que nous avons initié auprès du gouvernement qui nous a donné l’accord, de refaire toutes les concessions Socapalm, parce que Socapalm est déjà engagée dans une logique de zéro extension des cultures. Il devraient plutôt rester dans ses cultures et les espaces restants, c’est pour ce qui concerne les concessions soumises par emphytéotique. Le reste des parties de concessions non exploitées par Socapalm sont restituées à l’État qui, naturellement, pourra mettre à la disposition des communautés riveraines. Donc les discussions vont dans ce sens, mais il faut dire que ces communautés, particulièrement celle d’Edéa se trompent toujours de cible, ne savent pas à qui exactement poser le problème.

Un problème qui relève du foncier, le foncier pour le problème d’espace vital ne devrait pas être posé à l’agro-industrie qui, pour certaines parties, est locataire des terres de l’État et nul ne peut céder plus qu’il en a. Et maintenant, pour d’autres parties, il s’agit des titres fonciers propres et qu’on veut contraindre l’entreprise à abandonner.

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Le 21 janvier 2026, la Socapalm a restitué du côté de Dibombari plus de 2500 hectares. Est-ce que ça ne peut pas également aiguiser les appétits des communautés d’Edéa ?

C’est un travail qui se fait sur l’ensemble des plantations. Ce qui s’est passé du côté de Dibombari, a d’abord commencé du côté d’Edéa. En fait, Dibombari, comme certaines de nos plantations, est à 100% sur la concession, c’est-à-dire ce sont des titres fonciers de l’État. Et c’est pour cela que la Socapalm, comme je disais, s’étant engagée dans zéro extension, de ne plus faire d’extension de cultures, devrait donc rester sur ses surfaces. Il se trouve que sur Dibombari, sur plus de 11 000 hectares en concession, Socapalm est finalement restée avec environ 8600, aujourd’hui.

Alors, il s’agit d’une restitution, en fait, c’est le mot. Socapalm restitue, en tant que locataire. Elle restitue ces parties de terres non exploitées à l’État qui en est propriétaire. Maintenant, c’est l’État, en fonction des besoins des populations, qui pourra leur rétrocéder ces parcelles. Pour revenir sur Edéa, Edéa avait une concession de 1500 hectares soumis au bail emphytéotique.

Ce travail, cet exercice a été fait, et des 1500 hectares, après travaux d’état de lieu qui ont ressorti les espaces effectivement exploités par Socapalm, on est revenu à 1086 hectares. Donc vous feriez tout simplement la soustraction entre 1500 hectares superficie d’origine moins 1086 pour voir cette partie qui saute et qui est également restituée à l’État. Et ce sera forcément pour les besoins des populations, parce que l’État c’est tout le monde. Donc les terres de Apouth ou de Koukoue resteront à Apouth ou à Koukoue, et ce sera fait pour l’ensemble des sites.

Propos recueillis par Mathias Mouendé Ngamo