Koko Komegné, de son vivant

Le peintre et sculpteur Koko Komegné, l’un des doyens de l’art contemporain au Cameroun, a tiré sa révérence mardi 28 octobre 2025 à l’âge de 75 ans.

On n’aura plus l’occasion de le rencontrer dans les couloirs de Doual’art. Il y trainait des fois dans la cour de ce centre d’art contemporain situé à Bonanjo, où plusieurs artistes plasticiens se rencontrent. Là, dans un coin sous le manguier, il se présentait généralement dans un ensemble pantalon et chemise en tissu jean, un bonnet sur la tête, lunettes noires aux yeux, des bracelets au poignet et … une cigarette à la bouche. Dans ce silence il vous parait une armoire à glace ? Non. Engagez la discussion avec lui et il esquissera un sourire qui vous contamine.

Très vite, la discussion sera d’une richesse culturelle énorme. Une blague entre deux phrases agrémente toujours ses conversations. Ça, c’est du Koko Komegné. Mais aujourd’hui, on ne le rencontrera plus qu’à travers ses œuvres et souvenirs. L’artiste plasticien, un des doyens de la scène, a tiré sa révérence mardi 28 octobre 2025 à l’âge de 75 ans. Koko Komegné dépose ses pinceaux après 60 ans de carrière artistique. Lui qui a commencé la peinture très tôt, au milieu des années 1960. Il n’était encore qu’un enfant.

« Ma première œuvre je l’ai réalisée à Yaoundé. J’avais neuf ans. C’était une sculpture sur bois », a-t-il indiqué lors de la présentation de son ouvrage « Koko Sweet Logik ».

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Couleurs chaudes et vibrations rythmiques

A côté de son aptitude autodidacte, il fait des classes auprès du français, Jean Sabatier, en 1966. Entre 1966 à 1990, Koko pratique aussi de la peinture publicitaire en créant des plaques et des panneaux publicitaires. Dans les salles d’exposition, ses tableaux ne passent pas inaperçues. Les toiles sont faites à majorité de couleurs chaudes qui égaient. Des couleurs qui collent à des formes et reflètent des sons, des « vibrations rythmiques ».

Une technique de travail qui s’appuie sur de l’abstraction, du figuratif et aussi l’utilisation de masques. Avec sa touche personnelle, ses œuvres placent l’homme au centre de tout et rappellent à chaque fois l’Afrique, dans cet art contemporain qui séduit.

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Peintures et sculptures

Koko était aussi connu pour ses sculptures. Une de ses grandes sorties qui a marqué les cœurs reste son exposition individuelle « Evanescences » en 2008 à Douala. Quinze sculptures de métal récupéré et soudé et seize acryliques sur toile. Des tableaux qui plongent les curieux dans l’univers de la danse et de la musique. Il y a aussi cette autre sculpture de Koko Komegné qui reste un témoignage de sa mission sur terre. C’est  « Njé Mo Yé ». La structure en métal trône au milieu de la route au lieu-dit Dernier Poteau au quartier New-Bell à Douala.

Le départ du « Maître » laisse un grand vide dans la ville, chez les amoureux de l’art et dans le milieu artistique, où il a tenu plusieurs petites mains. « En un seul homme, il y avait réuni, la lucidité du souffle, la clairvoyance de de l’eau, la fertilité de la terre et la puissance du feu. Un prophète. Un génie. Une source intarissable de conseils, un grenier inépuisable. L’homme aux multiples dons, l’être habité de plusieurs êtres. Parce qu’il y a des hommes au-delà des Hommes, des hommes qu’on ne pleure, l’immortalité est leur savoir. Je m’incline, maître, gourou. Je sais que tu continueras d’éclairer notre chemin par-delà la Maison d’Éternité », témoigne l’artiste Eric Delphin Kouegoue sur son compte Facebook.

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Adieu “Maître”

Né à Batoufam à l’Ouest du Cameroun en octobre 1950, Koko Komegné (Gaston Komegné de son vrai nom) s’en va dans l’au-delà à la veille de la célébration de ses 60 ans de carrière artistique. On s’imaginait déjà le redécouvrir dans quelques mois lors d’une exposition géante de célébration et festoyer avec lui. Lui, tenant un verre de vin en main, serait très fier de voir tout ce beau monde réuni pour honorer l’Art. Mais la grande faucheuse a mis Koko K.O, en plein mois de commémoration de son anniversaire. Mais ses riches œuvres lui survivront. Adieu l’artiste.

Mathias Mouendé Ngamo