Marion Obam : « Nous allons renforcer l’assistance juridique d’urgence pour les journalistes en danger »
- 18 juin 2026
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La présidente nationale du Syndicat national des journalistes du Cameroun (Snjc), réélue membre du bureau exécutif de la Fédération internationale des journalistes (Fij) lors du 32ème congrès de cette organisation à Paris, parle des actions à mener pendant ce nouveau mandat pour l’amélioration des conditions socio-professionnelles des journalistes dans la sous-région.
Vous avez été réélue au bureau exécutif de la Fédération internationale des journalistes (Fij) avec un plébiscite international de 74,70 % des voix des 180 délégations. Qu’est-ce que cela représente pour vous et pour le Snjc que vous dirigez ?
Je reçois ce score de 74,70 % avec une profonde humilité et une immense fierté. Voir 180 délégations nationales venues des cinq continents accorder massivement leur confiance à notre candidature est un signal d’une force politique rare. Ce n’est pas seulement le plébiscite d’une personne, c’est la reconnaissance internationale de la trajectoire, de la combativité et de la résilience du Syndicat national des journalistes du Cameroun (Snjc). Pour le Snjc, ce résultat exceptionnel agit à la fois comme un bouclier et un accélérateur. Un bouclier, parce qu’il installe notre syndicat national au sommet de la diplomatie médiatique mondiale, nous conférant une légitimité incontestable face aux pouvoirs publics et aux patrons de presse locaux.
Un accélérateur, parce que cela prouve que le modèle de syndicalisme de terrain que nous développons au Cameroun est respecté et pris en exemple à l’échelle internationale. Nous ne sommes plus seulement des observateurs des décisions mondiales, nous en sommes désormais des acteurs centraux. Je remercie également la présidente sortante de la Fij, Dominique Pradalié, pour son leadership inspirant et résilient.
Ce 32e Congrès coïncidait avec les 100 ans de la Fij. Quel effet cela fait-il de voir son mandat renouvelé lors d’un anniversaire historique ?
C’est un sentiment vertigineux et profondément inspirant. Célébrer un siècle de luttes, de sacrifices et de solidarité internationale tout en recevant l’onction de ses pairs pour porter l’avenir de l’organisation est un privilège historique. Cent ans après sa création, la Fij a démontré à Paris, qu’elle a su préserver son âme tout en restant moderne. Faire partie de l’équipe dirigeante lors de ce centenaire renforce mon devoir de mémoire et d’action.
J’ai eu l’immense honneur de contribuer directement à la formalisation de cette histoire à travers le livre du Centenaire de la Fij (« Une voix pour informer le monde : Un siècle de luttes et de solidarité »), coordonné par le secrétaire général de la Fij, Dr Anthony Bellanger et Florence Le Cam. Cela démontre que l’Afrique n’est pas un sujet passif de l’histoire syndicale mondiale : elle l’écrit, elle la documente et elle trace les perspectives des cent prochaines années. Ce mandat sous le signe du centenaire est celui de la maturité et de la transmission.
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Quelles actions concrètes comptez-vous mener pour renforcer la sécurité des journalistes sur le terrain, notamment en Afrique centrale ?
L’Afrique centrale reste malheureusement une zone de haute turbulence pour les professionnels des médias, marquée par des crises sécuritaires, des tensions politiques et des cadres législatifs souvent liberticides. En tant que membre du Comité exécutif mondial, mon combat, ainsi que celui des 16 membres, sera de transformer la solidarité internationale en mécanismes de protection ultra-concrets sur le terrain. Cela passera par trois actions majeures : le déploiement d’outils d’alerte et d’assistance, le plaidoyer institutionnel sous-régional et la formation. Pour le premier volet, nous allons renforcer les corridors de sécurité et l’assistance juridique d’urgence pour les journalistes en danger, notamment grâce à la capitalisation de programmes comme Cameroun Médias Plus.
Le plaidoyer institutionnel sous-régional, second volet, va interpeller directement les instances communautaires de l’Afrique centrale pour que la sécurité des journalistes devienne un indicateur clé de la gouvernance et de la coopération. Et enfin, la formation d’avant-garde, car face aux menaces physiques et numériques, la Fédération des journalistes de l’Afrique centrale (Fejac), que je préside va intensifier la formation des confrères en matière de sécurité globale, de gestion des risques en zone de conflit, l’environnement et la cybersécurité.
L’IA était à l’ordre du jour du 32ème congrès. Comment la Fij compte-t-elle encadrer sa révolution pour qu’elle ne devienne pas un vecteur de précarisation des journalistes locaux en Afrique ?
C’était effectivement l’un des débats les plus intenses de ce 32e Congrès. L’intelligence artificielle ne doit pas être le nouveau visage de l’impérialisme technologique ou de la destruction des emplois dans nos rédactions. En Afrique et au Cameroun, nos entreprises de presse souffrent déjà d’une immense fragilité économique ; l’IA non régulée risquerait d’asphyxier définitivement le droit d’auteur et de précariser davantage les professionnels locaux. La position de la Fij et celle de tous ses affiliés, est claire : l’IA doit être un outil d’augmentation des capacités du journaliste, et non un outil de substitution. Nous allons porter une charte mondiale pour encadrer l’usage de l’IA dans les rédactions, en mettant l’accent sur la transparence des algorithmes, la défense absolue des droits d’auteur des producteurs d’information locaux et la mise à jour des conventions collectives.
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Vous siégez aux côtés de la nouvelle présidente de la Fij, la péruvienne Zuliana Lainez. Quels sont vos chantiers prioritaires communs ?
L’élection de Zuliana Lainez Otero est en soi un événement historique. Elle incarne une transition majeure à la tête d’une fédération qui n’a vu que deux femmes, Mia Doornaert et Dominique Pradalié, occuper la présidence en un siècle. Notre convergence est totale et immédiate sur plusieurs chantiers structurels. En priorité, nous partageons le combat pour la réduction drastique de la fracture de genre au sein des rédactions et des instances décisionnelles des médias, ainsi que la tolérance zéro face aux violences et discriminations spécifiques que subissent les femmes journalistes. Ensuite, nous faisons bloc sur le lien indissociable entre la sécurité économique, la protection des journalistes et la liberté de la presse.
Nous convergeons sur la nécessité absolue d’imposer l’application des conventions collectives partout dans le monde. Un journaliste affamé ou plongé dans une précarité systémique est une proie facile pour la manipulation, la censure et la corruption. Le monde n’a jamais enregistré autant de morts chez les journalistes (129 en 2025) avec la guerre sur la bande de Gaza, l’Ukraine, la Somalie, le Liban, l’Iran… nous avons une convention que nous souhaitons que les États soutiennent avant de la présenter aux Nations Unis.
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Quel message fort lancez-vous aujourd’hui aux professionnels des médias camerounais qui font face à de multiples crises sectorielles ?
Mon message est un message de résistance, de dignité et d’unité. Les temps sont durs pour la presse camerounaise. Nous faisons face au harcèlement, à la précarité qui brisent les carrières, à l’autocensure et parfois au pire, comme nous l’avons vécu avec l’assassinat effroyable de notre confrère Martinez Zogo. Mais je veux dire à chaque journaliste, dans chaque région du Cameroun : vous n’êtes plus seuls. Votre voix est désormais portée au plus haut sommet du syndicalisme mondial. Cette victoire à Paris est la vôtre. Elle doit nous pousser à rompre le cycle de l’isolement et du fatalisme. J’appelle à une remobilisation massive autour du Snjc. C’est collectivement, par notre rigueur déontologique, notre solidarité confraternelle et notre refus de la précarité que nous assainirons notre paysage médiatique. Relevez la tête, exercez votre métier avec professionnalisme et courage, car le monde entier nous regarde et nous soutient.
Propos recueillis par Mathias Mouendé Ngamo



















