Souza, le 28 octobre 2026. es artistes en résidence à la fondation Mam pour la pièce La liberté pousse en forêt.

En résidence à la fondation Mam, à quelques encablures de Douala, artistes camerounais et français peaufinent la représentation de la pièce « La liberté pousse dans la forêt ».

Pour la préparation de cet autre numéro, les artistes ont besoin de répéter loin des bruits de la ville. Ils sont allés puiser l’inspiration dans un lieu qui replonge dans le décor et l’univers de la pièce à représenter. Celle-ci s’intitule « la liberté pousse en forêt » et s’inspire d’une œuvre d’Edouard Glissant. C’est tout naturellement que les artistes se retrouvent ainsi en résidence à la fondation Mam, logée dans la localité de  Souza. Le calme de ce site parsemé et entouré d’arbres et de végétation n’est rompu que par les chants d’oiseaux et le vrombissement du groupe électrogène.

Ce mercredi 28 octobre 2026, comme la veille, six artistes camerounais sont à l’œuvre. Ne tenez pas compte de cet espace construit à base de ciment et tôle qui se présente à vos yeux. Mais imaginez-vous avec les artistes en pleine forêt, sur une île, à Haïti.

Dans le décor réel, les artistes sont alignés en fond de scène, ils attendent le Top départ. Des chaises sont disposés sur le plateau. Des costumes sont apposés au-dessus. Les chaises représentent différents personnages à incarner. Pour chaque acteur, il faudra se fondre dans la peau de trois à quatre figures historiques, aux attitudes bien différentes. Ce n’est pas la seule difficulté à surmonter. Il faudra raconter une histoire de Toussaint Louverture qui s’est passée en Haïti. Et montrer qu’elle épouse l’histoire des artistes, celle de leur pays, de l’Afrique.

«C’est une histoire qui raconte la révolution française, mais elle raconte tous les combats. Il faut que cela passe dans vos têtes. C’est une comédie à la fois sérieuse, mais ça donne de l’espoir. Vous racontez une histoire et votre histoire aussi»,

précise l’autre artiste assis en face.

 

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Quelques ajustements

Lui, c’est Gérald Maillet du Théâtre de la ville de Paris. Il est acteur et metteur en scène français. S’il apparait dans la posture d’un chef d’orchestre aujourd’hui, il souligne qu’il s’agit d’un échange entre les artistes camerounais et français. C’est lui qui donne le Top départ.

Therese Mabelle Tchenganou (Free -T) donne le la avec sa voix. Elle chante. Les mélodies sont transportées par les vibrations des cordes de sa cithare. Les sonorités « Aki Iloho » résonnent à travers la forêt et traversent toute l’île.  Elles parviennent aux oreilles d’autres protagonistes. Et voici Maximilienne Mahop qu’on connait bonne conteuse, qui hausse la voix pour porter la voix des sans voix. Stop. Interruption. Gérald Maillet pense avoir déceler une petite faille à améliorer. Il faut travailler le regard. « On va vers son histoire. Vers la mort, la grandeur », lance le metteur en scène.

On se remet en scène. Cette-fois, les regards sont plus profonds, plus parlants. Maximilienne reprend. Il y a dans ses envolées verbales, quelques interventions en bassa, une langue locale. Et voici Patrick Daheu qui se fond dans un personnage au ton autoritaire, Mackandal. Il avance de quelques pas fermes comme pour braver la domination de l’oppresseur à Saint-Domingue.

Toussaint Louverture, interpellé dans les derniers propos, entre en scène. C’est Hervey Keedi qui l’incarne. Il arbore un ruban autour de l’épaule. Il semble avoir assimilé la remarque sur le regard. Ses yeux percent l’horizon. Sa taille imposante porte sa voix loin dans les cœurs.

«Ouvrez vos yeux pour le sang, le massacre et la folie. J’ai entrepris la vengeance. Unissez-vous à nous frères », lance le conquérant.

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On s’entraide

Cet appel à la révolution pour la liberté ne trouve pas écho favorable du premier coup dans la forêt. « Toussaint est un imposteur », clament les autres comédiens comme d’une même voix. On chante. Les pieds battent le sol. Shelmy Mballa, qui incarne Madame Toussaint dans le lot de ses personnages, bat aussi des pieds au sol. Joys Sa’a fait également partie de la troupe.

D’apparence timide, on la reconnait à peine dans la peau de Macaia. Elle confie qu’elle s’y pait d’ailleurs. Pourtant, Macaia est à l’exact opposé du profil de l’artiste. « J’aime beaucoup Macaia parce qu’elle est différente de moi. C’est une guerrière. Elle est agitée. Elle saute et a une énergie que dans la vraie vie vous n’allez pas me voir comme ça. Ça se passe plutôt très bien. On a un objectif en commun. On s’entraide. Que ce soit au niveau des textes, des chants. J’apprends chaque jour sur le jeu d’acteur, comment appréhender mes personnages. Chaque acteur a au moins quatre personnages dans la pièces. Comment switcher d’un personnage à un autre. Il faut travailler la voix, la position, a texture. Ce n’est pas un exercice qu’on a l’habitude de faire », confie Joys Sa’a.      .

Discours universel

Le projet actuellement en cours de préparation à Souza nécessite encore des perfectionnements. C’est le fruit d’une collaboration entre le Théâtre de la ville de Pais et l’institut français du Cameroun (Ifc). Ils étaient 30 acteurs camerounais lors du casting, apprend-on. La pièce originale s’étale sur plus de 100 pages et dure environ 2h30 en représentation. Le travail qui se déroule à Souza permettra au final de réaliser une lecture mise en espace de moins d’une heure, mettant en exergue le discours universel de l’homme libre qui a le droit de se parler, de se révolter lors de certaines injustices. La pièce sera représentée, en toute liberté, dans la forêt de Souza, à l’Ifc de Douala et au lac municipal de Yaoundé respectivement les 31 octobre, 02 et 05 novembre 2026.

Mathias Mouendé Ngamo