Campagne de don de sang à l'hôpital Laquintinie de Douala. Photo: Mathias Mouendé Ngamo

Moins de 2% de donneurs sont bénévoles dans un pays où le besoin annuel est de 400 000 poches de sang pour à peine 100 000 disponibles.

Une tente est dressée devant la banque de sang de l’hôpital Laquintinie de Douala ce lundi 14 juin 2021. C’est ici que les potentiels donneurs bénévoles intéressés par la campagne en cours marquent le premier arrêt. Ils se procurent un numéro et une fiche individuelle. Il faut ensuite se diriger dans le service et y remplir sa fiche. Les informations contenues dans cette fiche et les  paramètres du candidat permettent de déterminer son éligibilité au don de sang.

A l’appel de son nom, le donneur se rend dans la salle de prélèvement. Après la prise, il reçoit un sandwich et un jus ou de l’eau en guise de ‘’remontant’’. Il va patienter une dizaine de minutes avant de prendre congé des lieux. Il est appelé à y revenir trois semaines plus tard pour récupérer en prime les résultats de son bilan de santé.

Besoin annuel de 400 000 poches de sang

A 12h, les premiers chiffres de la campagne font état d’une vingtaine de donneurs enregistrés pour une dizaine de poches de sang prélevé. Des statistiques pour l’heure bien loin de l’objectif escompté. La campagne souhaite effectivement collecter une centaine de poches saines, d’autant plus que la demande en sang reste très élevée dans les différentes formations sanitaires du pays.

D’après les statistiques nationales, moins de 100 000 poches de sang sont disponibles au Cameroun pour un besoin annuel estimé à plus de 400 000 poches. De plus, lors des prélèvements seules 60 à 80% de poches sont saines. Les groupes de rhésus négatifs sont dans le même temps présentés comme rares. Le groupe O rhésus positif étant le plus abondant. D’après la Major de la banque de sang de l’hôpital Laquintinie de Douala qui donne ces détails, cette situation de déficit en offre de sang peut s’expliquer par la pénurie en donneurs bénévoles.

Mons de 2% de donneurs bénévoles

Moins de 2% de don de sang bénévole. Photo: Mathias Mouendé

«Depuis 2018, le pourcentage de donneurs bénévoles n’atteint pas 2%. Les populations doivent savoir que c’est important de faire ce don. Si on a le sang à la banque de sang de Laquintinie aujourd’hui, c’est parce qu’on a plus de donneurs qui donnent du sang en remplacement»,

explique Ejomi Gladys Mokeba.

La Major fait savoir que le Coronavirus a également impacté la disponibilité du précieux liquide vitale. « Avec l’arrivée du Covid-19, on est passé de servir 700 poches par mois à 400-500 poches à Laquintinie», déplore -t-elle. Elle reconnait qu’il y a une amélioration de la situation depuis le début de l’année 2021. Et actuellement, 95% des poches de sang de Laquintinie sont utilisées en interne et satisfont aux clients de l’hôpital.

Lorsqu’il arrive que cette banque de sang n°1 de la ville, Laquintinie, connait une pénurie, les usagers se réfèrent vers les autres banques de sang reconnues par le comité national de transfusion sanguine. Il s’agit de l’hôpital Général, l’hôpital Obstétrique et gynécologique de Yassa, l’hôpital de la garnison militaire, les hôpitaux de district de Nylon, Bonassama et plus récemment Cebec de Bonabéri. Il y a aussi ces formations sanitaires privées qui disposent de petites banques de sang qui viennent à la rescousse des patients, apprend-on. Le besoin en poches de sang est visiblement plus que primordial dans les formations sanitaires.

Les barrières au don de sang

A l’hôpital de district de Bonassama, en moyenne 150 poches de sang sont sorties de la banque de sang chaque mois pour approvisionner les services prioritaires en demande, les urgences, notamment. Pour Chrétien Kuetche Talla, le président de l’Association des donneurs bénévoles de rhésus négatif (Adoben), l’urgence en dons de sang est nécessaire pour sauver la vie des drépanocytaires, des accidentés, des personnes anémiées, des femmes en salle d’opération, des dialysés et des hémophiles. Le responsable de cette association créée en 2000 confie avoir déjà effectué à titre personnel 52 dons de sang.

Mais qu’est ce qui est à l’origine du taux insignifiant de donneurs bénévoles ? Les associations qui travaillent sur la question évoquent la faible sensibilisation et la non prise de conscience des populations, les barrières religieuses, la peur pour les potentiels donneurs de contracter le Covid-19 en fréquentant un hôpital.  

« Nous essayons d’amener le maximum de personnes à donner de leur sang. Mais ce n’est pas toujours facile. Pourtant, un don de sang peut sauver trois vies »,

note Ferdinand Ndem, le vice-président de la Fondation camerounaise des consommateurs (Focaco).

Marcous Mandeki de l’association Clean Cameroun relève pour sa part le scepticisme de certains camerounais qui fustigent la «mafia» autour du sang. Il soutient dans le même temps la nécessité de faire des dons de sang pour sauver des vies.

« On peut sauver des vies … »

Mais il existe néanmoins quelques camerounais qui comprennent peu à peu cette nécessité de faire un don de sang. C’est le cas de ce pasteur rencontré à l’hôpital Laquintinie lundi. Il a appris la nouvelle sur la campagne organisée par l’association des médecins du Cameroun (Medcamer) en collaboration avec l’association des journalistes Ajc-ProSanté à la télévision. «Lorsque j’ai vu les chiffres à la télévision sur la quantité de sang dont on a besoin, j’ai compris que l’offre disponible était très insignifiante. Il y a des accidentés, des femmes enceintes qui meurent parce que les banques de sang sont vides. Je suis pasteur. On peut sauver des vies par la prière, mais aussi en donnant de son sang », a soutenu le Rev. Patrick Forgahab. Il a par ailleurs promis d’inviter ses fidèles à emboiter le pas.

Mathias Mouendé Ngamo