Cet « escalator » attire des visiteurs qui prennent plaisir à l’emprunter plusieurs fois, la peur dans le ventre pour certains, et à immortaliser leur passage à travers des photos.  

« Il n’y a que le supermarché Carrefour qui est ouvert et c’est déjà grave comme ça ? Quand tout le Douala Grand Mall va ouvrir ça sera la mort seulement ».

Le vigile qui lance ces propos ne cache pas sa surprise devant l’affluence que connait le supermarché Carrefour, logé dans le Douala Grand Mall, depuis l’ouverture des portes il y a une semaine. Il est bientôt 17h30 ce mardi 24 novembre 2020. Des gens font la queue devant l’entrée du supermarché. Des badauds sont postés non loin. Quatre gamins se pavanent en proposant des cache-nez à de potentiels clients. Trois vigiles de G4S en faction filtrent les entrées.

Chaque visiteur passe au détecteur de métaux. Il faut arborer son masque de protection et des chaussures fermées. Un jeune homme vient d’être stopper net. Il arbore des babouches à deux cordes aux pieds. Il ne pourra pas passer. Juste derrière les vigiles, il y a une escale obligatoire devant le distributeur automatique de gel hydroalcoolique. Une fois toutes ces modalités remplies, les visiteurs peuvent gagner le hall du supermarché. Juste là devant, loin de la surface de vente, «l’escalator » souhaite la bienvenue à tous.

Terrain de jeu pour enfants

Adieu les mesures barrières. Les masques tombent. Les téléphones portables crépitent. Deux ou trois pauses devant l’escalier roulant. D’autres selfies se font au-dessus des marches mobiles. Cinq gamins y ont trouvé un terrain de jeu favorable. Ils prennent l’escalier qui monte. Puis celui qui descend. A nouveau celui qui monte, et le scénario se poursuit ainsi. Ils ne s’arrêteront qu’à la peur du regard du vigile posté au pied de l’escalator.

Derrière les gamins, un homme et sa compagne se pointent. Ils viennent de terminer leurs courses au supermarché. Le monsieur tient le panier des vivres. Ils s’apprête à poser le pied sur l’escalator. Il se retourne aussitôt. Sa  compagne n’est plus à ses côtés. « Tu as peur ? », lui demande -t-il en souriant. «Je te retrouve en bas », rétorque celle-ci en hâtant le pas pour contourner le dispositif.   

« Je vais venir ici chaque jour »

Dix minutes plus tard. Arielle Njiena, la trentaine, se présente à son tour devant ce qui attire toutes les curiosités. Elle reste immobilisée. Elle est comme tétanisée. «Vas-y », lance sa copine, enthousiaste. « Tu veux que je tombe on me filme ?», s’exclame Arielle. Malgré tous les conseils pratiques de sa camarade, il lui faudra dix minutes d’hésitation avant de se lancer enfin. Elle s’en sort sans grande gêne. Elle est d’ailleurs si enthousiaste qu’elle va refaire l’expérience trois fois avec le sourire aux lèvres.

« C’est ma première fois ici. Je suis juste venue visiter. C’est comme un rêve pour moi. J’ai eu un peu peur au début. Après c’est devenu un jeu pour moi. Il faut que lorsque mon chéri arrive d’Europe et qu’on vienne ici, que ça ne me surprenne plus. Je vais venir ici chaque jour »,

confie la jeune dame qui a fait le déplacement depuis le quartier Bali, dans l’arrondissement de Douala 1er. Elle fait savoir qu’elle a appris l’existence de cet escalator à travers les réseaux sociaux, où plusieurs vidéos en circulation montraient des personnes y faire des chutes. Certaines de ces vidéos ont été virales sur la toile et ont suscité moult réactions.

« Certains internautes disaient que ce n’est pas au Cameroun. Je suis venu voir par moi-même »,

indique un visiteur.

10 000 visiteurs les deux premiers jours au Douala Grand Mall

Les visiteurs devant l’escalier roulant du Douala Grand Mall, le mardi 24 novembre 2020.

Ce mardi soir, il y a un petit rang devant l’escalator. Chacun attend son tour. Il y a de petites familles qui empruntent l’escalier roulant ensemble. D’autre qui effectuent la montée seul. A chaque fois, des flashs à n’en plus finir. Mais les grandes affluence ici, c’est le week-end, apprend-on. D’après les statistiques du Douala Grand Mall, dix mille visiteurs ont été enregistrés les deux premiers jours d’ouverture.

D’après les estimations du Top Management, environ 300 000 personnes sont attendues chaque mois. Pour les journées du vendredi, samedi et dimanche qui mobilisent le plus de monde, des mesures de sécurité particulières ont été pensées pour ne plus vivre les épisodes rocambolesques de chutes des visiteurs sur l’escalator. Mais aussi pour protéger les biens et les personnes. Des mesures qui semblent porter des fruits. Aucune chute n’a été enregistrée mardi 24 novembre. La veille non plus.

Mathias Mouendé Ngamo

Sécurité: Des mesures prises pour éviter les chutes au Douala Grand Mall

Les vigiles qui travaillent avec l’appui de la gendarmerie camerounaise ont reçu une formation pour sauver des personnes qui courent le risque de tomber sur l’escalator.

Après l’affluence constatée des premiers jours et les nombreuses vidéos de chutes de visiteurs sur l’escalator, la sécurité est désormais plus en alerte au Douala Grand Mall. Les jours de grande affluence situés entre vendredi et dimanche, outre les deux vigiles équipés de détecteurs de métaux à l’entrée, deux autres commandos et un maitre-chien se déploient devant le Mall. Ils ont pour mission d’éloigner les « nangas boko », ces enfants de la rue qui s’adonnent souvent aux agressions ou vol à la tire dans certains coins de la capitale économique.

Ces commandos ont également pour tache de diriger les véhicules. L’équipe de G4S bénéficie de l’appui de la gendarmerie camerounaise. Un gendarme est en faction chaque jour à l’entrée du Mall. La police est également annoncée.

La sécurité veille

«Quand il y a affluence, on appelle le renfort. Nous recevons dix commandos et des gendarmes de plus le week-end. Quand il y a un cas suspect, la gendarmerie est aussitôt interpellée»,

indique Guy Noubissie, un commando de G4S.   

Le reporter a appris que lundi 23 novembre 2020, une arme a été repérée sur un monsieur stationné dans un des parkings. Il a été interpellé par les bidasses. Il a présenté un permis de port d’arme scanné. Puis, il a ensuite été conduit au poste de gendarmerie pour être entendu. Les personnes avec des babouches deux cordes ou des vêtements sales ne sont pas admis. « 

En semaine, on chasse les élèves qui viennent ici les jours de classe. Sauf s’ils sont accompagnés de leurs parents »,

relève Guy Noubissie.

Qui fait savoir que des précautions particulières sont également de rigueur au niveau de l’escalator. Il y a tout d’abord un vigile posté au pied de cet escalier roulant. Il est chargé de renseigner les uns et les autres sur l’utilisation de l’escalator.

« Ils sont deux en poste. Ils sont aussi là pour protéger et sauver ceux qui courent le risque de tomber. Ces vigiles ont reçu une formation pour ça. Il y a aussi un bouton de sécurité pour arrêter l’escalator quand quelqu’un veut tomber. L’appareil s’arrête aussi automatiquement quand ça détecte des secousses irrégulières»,

explique le commando de G4S.

« Les gens comprennent déjà le fonctionnement »

Le nombre de chutes d’usagers sur l’escalier mécanique a considérablement baissé, apprend-on. Aucun incident n’a été enregistré pour la journée du mardi 24 novembre. La veille non plus. Les vigiles en faction dans le hall de Carrefour notent qu’à l’ouverture de cet espace commercial gigantesque, il était difficile qu’un jour ne s’écoule sans enregistrer au moins vingt chutes sur l’escalator. « Les gens comprennent déjà comment ça fonctionne »,

pense Guy Noubissie.

Mathias Mouendé Ngamo