Maurice Somo, socio-psychologue (photo archives)

Le psycho-sociologue analyse la place accordée à la femme dans la religion et la société et montre son impact dans le fonctionnement de ces deux instances.

Au regard du fonctionnement de la société, peut-on parler d’une valorisation de la femme dans les religions ?

Dans la tradition Judéo-chrétienne, on dit de la femme qu’elle est traitresse. C’est elle qui a amené la misère au monde. Et du coup, on ne peut pas la valoriser. Valoriser c’est attribuer une valeur. La valeur vient de la valence. La valence c’est positif ou négatif. Dans la religion musulmane par exemple, là où on prie, il y a un endroit réservé aux femmes et un autre aux hommes. Mais généralement les femmes sont placées en arrière plan. Quand on valorise une chose, on ne la met pas en arrière plan mais au premier plan.

Certaines religions ne donnent pas cette valeur positive à la femme dès lors qu’elles ne les placent pas au premier plan. Mais elles leurs donnent une valence positive dans certains rôles. Aujourd’hui, la société dans le cadre d’inversion de rôle, semble lui donner de plus en plus une place de choix au nom de l’égalité entre l’homme et la femme. Contrairement à la société traditionnelle qui n’avait pas donné beaucoup de valeur à la femme. Ceci due à l’importance accordée à la tradition Judéo-chrétienne, qui avait stigmatisé la femme.

Quel peut être l’impact de l’implication des femmes dans la prise des décisions en religion ?

Depuis que le combat est lancé pour démontrer l’égalité de sexe, la femme est de plus en plus ramenée au premier plan et on lui attribue la même valeur que l’homme. La peur serait qu’à un moment donné, la femme et l’homme échangent de rôle. On dit dans la société que les femmes sont parfois très éveillées et plus affutées à tenir ce rôle, parce que ce sont elles qui donnent des conseils. Et le métier de pasteur s’inscrit dans cette logique. La femme a toutes les aptitudes nécessaires du point de vue de la société pour jouer ce rôle. Sauf que le rôle que lui attribue la société n’est pas celui-là.

On souhaite voir une femme qui très éveillée éclaire son époux (en back-office) qui lui, se met en front office, pour dispenser le conseil ou l’enseignement dont-il est question. Certaines religions vont jusqu’à accuser la femme d’un certains nombre d’impropretées qui ne cadrent pas avec la pureté qui devait singulariser la prise de la parole publique surtout quand-il s’agit de la parole de Dieu. Dans une église, quand on voit que c’est une femme qui est pasteur, on a envie de demander qu’est-ce qu’elle fait là. Et ça c’est le reflet d’une société structurée sur un modèle machiste.

Pourquoi y a-t-il des religions réfractaires à la promotion de la femme ?

Les religions en général sont des institutions dans lesquelles le fonctionnement est codifié par un ensemble d’instruments et qui dans certaines mesures sont comme des règles. La religion chrétienne se fonde sur la Bible de même que les musulmans sur le Coran. A l’intérieur de ces manuels à caractère religieux, le rôle de la femme y est très bien défini. Le rôle qu’elle joue est fonction de la place qui est la sienne. Quand-on prend par exemple le christianisme et la tradition Judéo-chrétienne (fondement de l’idéologie de certaines églises), l’image et le rôle de la femme sont définis à l’entrée, dans le livre de Genèse, avec le rôle de traite attribué à la femme dans le jardin d’Eden. Celle par qui le pêché est intervenu.

Après, lorsqu’on parcourt ces manuels, progressivement les femmes sont évoquées à plusieurs reprises soit dans des actes positifs ou négatifs. Par la suite, ces instruments réglementaires des religions ont dans une certaine mesure dit ou non si la femme pouvait jouer le rôle de pasteur. Mais en marge de la religion, il y’ a la société. La perception qu’elle  a de la femme pasteur par exemple. En général dans une société africaine qui voudrait que l’homme soit le guide, le décideur, qu’il joue le rôle premier et que la femme soit celle qui suit, prendre la femme et la positionner comme pasteur entraine une position d’inversion de rôle. On a l’impression que la femme n’est plus à sa place de personne menée. Elle est maintenant une personne meneuse. Elle donne donc une impression d’une usurpation de position et même de titre.

Propos recueillis par Tatiana Kuessie