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La campagne en vue de l’élection présidentielle du 07 octobre 2018 a été lancée au Cameroun samedi 22 septembre.

Les neuf candidats dans l’arène disposent alors de quatorze jours pour remobiliser leurs troupes et convaincre de nouvelles personnes à adhérer à leur projet de société et leur accorder des suffrages le jour-dit. Pour captiver les attentions, il faut maîtriser l’art oratoire. Les discours sont alors ponctués de petits mots et phrases croustillantes qui résonnent et restent dans les annales.« Le tireur de pénalty »Pour la première journée de campagne samedi 22 septembre 2018, c’est Maurice Kamto, le candidat du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc) qui a investi le terrain en premier à l’esplanade du lycée bilingue de Bonabéri, dans l’arrondissement de Douala 4ème.

Dans la longue liste des fléaux à combattre, Paul Eric Kingue, le directeur de campagne du Mrc a indiqué que:

«nous allons mettre fin au despotisme, au sectarisme, au tribalisme, bref, à tous les ‘’ismes’’ négatifs ».

Et de poursuivre plus loin que «Paul Biya est un homme du passé qui est dépassé et qui doit passer la main ». Et pour tous les militants qui auraient encore une once de doute sur ce qui se dit sur leur candidat, ancien membre du régime, Maurice Kamto a rassuré : «N’ayez pas peur. Qu’ils cessent de venir vous raconter des histoires ! », a martelé celui qui se présente comme « le tireur de pénalty».

« Nous allons libérer le pays »

Toujours à Bonabéri, du côté de Bonassama le même samedi, l’équipe de Joshua Osih, le candidat investi par le Social Democratic Front (Sdf), apprêtait les véhicules de la caravane qui allait s’ébranler jusque dans le département du Moungo, pour le lancement de la campagne présidentielle 2018 pour le compte du principal parti de l’opposition. Joshua Osih qui est visiblement remonté par les 36 ans de règne du président en place pense que le pays est en prison. Mais ne vous inquiétez pas, « nous allons libérer ce pays le 07 octobre», a-t-il promis.

D’autres promesses, constats et phrases fortes ont résonné dans les oreilles des potentiels électeurs le lendemain dimanche 23 septembre 2018. Après son meeting d’Edéa, le candidat Cabral Libii, aussi engagé dans la campagne présidentielle 2018, avait rendez-vous avec une marée humaine au stade Cité Cicam de Douala. D’entrée de jeu, le candidat investi par le parti Univers fait savoir que

« c’est le commencement de la fin des 36 ans aujourd’hui ».

« Je suis jeune, et puis quoi ? »

Mais, même s’il est élu président, il n’engagera pas des poursuites contre Paul Biya, car « les chantiers sont tellement importants qu’on n’aura pas le temps de le poursuivre », argue –t-il et de soutenir : « Je ne serai pas le président des règlements de comptes. En Afrique on ne juge pas le père ».

Mais n’empêche, il a tout de même répondu à ces détracteurs qui présentent son jeune âge comme un handicap. «On va vous dire que je suis jeune. Oui, je suis jeune et puis quoi ? Ils sont vieux, on a vu », a-t-il clamé.  Entre autres chantiers importants qui attendent Cabral Libii s’il est élu président, il y a cette épineuse question de la crise anglophone.

Cabral promet qu’il mettra fin au clivage anglophone/francophone.

«On parlera désormais de bafiaphone, de bafangphone, de bétiphone, de doualaphone… »,

a –t-il indiqué. Il aurait glané encore plus de youyous s’il avait cité dans la liste les « bassaphones ». Le quartier dans lequel il tenait son meeting en compte un nombre important. Et même que les milliers de jeunes le criaient à tue-tête. Mais il était bien emporté dans le show pour l’entendre.

« Fire sur Etoudi »

Sur le même stade, Ndifor Afanwi Frankline, le candidat investi par le Mouvement citoyen national du Cameroun (Mcnc), a mobilisé une centaine de fidèles et sympathisants lundi 24 septembre 2018. Même si pour cette campagne présidentielle 2018 il est porté par un parti politique, Ndifor a tenu à faire une précision dès sa prise de parole :

« Il ne faut pas me confondre avec un politicien. Je suis un homme de vérité. Les politiciens lancent des mots en l’air qui n’ont jamais atterri ».

Le « prophète » craint pour l’avenir du Cameroun en relevant que «ce pays est déjà envahi par les buveurs de sang ». Mais tout n’est pas perdu, car le candidat pense être l’homme de la situation. « Ce n’est que la personne qui a la puissance de Dieu qui peut libérer ce peuple. Ca ne demande plus la sagesse, l’éducation, mais ton niveau spirituel. Je suis un prophète et je suis encore très jeune. Mon sang chauffe encore », lance –t-il.

En attendant le 07 octobre, le fondateur de l’église Kingship International Ministry a envoyé le « feu de Dieu » sur Etoudi. «  Mcnc, Fire !!! C’est le Fire qui va brûler Etoudi», a –t-il scandé en fin de meeting. Le septennat des grandes opportunités

Le 1 des 1

Mais en face, dans les rangs du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), on reste sereins et soudés derrière le candidat Paul Biya. Il bénéficie d’ailleurs du soutien de quelques partis de l’opposition regroupés au sein du collectif « G20 ». Lors du grand meeting de lancement de la campagne présidentielle 2018 du parti au pouvoir à la Maison du parti de Bonanjo à Douala samedi 22 septembre, c’est l’opposant Fritz Ngo, qui en premier, a indiqué que

« Paul Biya c’est le 1 des 1 ».

Et même s’il est attaqué de toutes parts, il ne faut pas s’en faire. «Paul Biya est un homme intelligent. Paul Biya est un homme cultivé, pondéré, qui ne cède pas », a rassuré Laurent Esso, le ministre de la justice Garde des seaux, qui s’exprimait là en qualité de militant de base. On s’en doute bien, il ne pouvait conclure son propos sans rappeler que « c’est le septennat des grandes opportunités », un des slogans de campagne cher au chef de l’Etat. Lui qui s’en va dans cette élection avec « la force de l’expérience ».

Mathias Mouendé Ngamo