Institut français de Douala, le 12 mars 2021. Les danseurs sur scène pour représenter le cri du silence. Photo Max Mbakoup

Dans « le cri du silence », trois danseurs de la compagnie Gondang se glissent dans la peau de déplacés internes pour peindre leurs douleurs.

Des coups de feu retentissent dans le noir. Le crépitement des balles surfe sur une mélodie mélancolique. Des cris de personnes meurtries déchirent l’obscurité. Il y a comme des Sos, des appels à l’aide. Mais les voix sont à peine audibles. Elles sont noyées dans le vacarme des armes et dans les ténèbres. On devine tout juste que la langue utilisée se rapproche de l’anglais. Au bout de quelques minutes, les armes se taisent.

Dans le silence de la nuit, sur la scène de l’Institut français de Douala, un danseur, le torse-nu, se présente. Il traine avec lui un petit tabouret en bois. Il le positionne dans un coin. La lumière y est braquée. Le danseur se trémousse autour de la chaise, fait des contorsions avec son corps, puis s’assied. Sa main droite supporte sa tête. Il est plongé dans des pensées. Le regard dans le vide. Deux autres danseurs reprennent le même scénario. Ils terminent assis, dans la même position.

Quand les trois danseurs se relèvent, c’est pour danser. Des gestes souvent très énergiques avec et autour de la chaise. Lorsque nos trois hommes sont assis sur ces tabourets qui semblent symboliser leur bagage ou leur fardeau qu’ils trainent d’une ville à l’autre, ils n’ont toujours véritablement pas la quiétude. Ils sursautent de temps à autre. Ils sursautent pour trouver refuge au-dessus de la chaise.

Déplacés internes

Il y a sans doute dans leur esprit, comme un traumatisme lié au flash-back de ces épisodes de coups de feu. Et d’un coup, il y a cette petite lumière verte tamisée et cette poésie dans l’air qui égaient un peu. La danse prend des couleurs. La force des mots dissipent les ténèbres. Plein feu sur la scène. Les chorégraphies sont teintées d’un peu de vie.

Institut français de Douala, le 12 mars 2021. Les danseurs sur scène pour représenter la pièce « le cri du silence ». Photo Max Mbakoup

Mais voilà la lumière verte qui disparait. Juste une petite lueur éclaire le milieu de la scène. Il faut se battre face à l’adversité. Les danseurs tournent en rond. Ils se retrouvent coincés dans les chaises et se libèrent au bout de l’essoufflement, de l’étouffement.  Moment de silence. Les ténèbres reviennent. Il y a du Fela Kuti dans les airs. On a reconnu le titre Lady du chanteur nigérian. Nos trois hommes dansent à nouveau.

Après 45 minutes de spectacle, nos trois danseurs s’arrêtent. La salle applaudit. On croit le spectacle terminé. Que nenni. Les danseurs font enfin attendre leur voix pour peindre leur douleurs, les douleurs de personnes déplacées internes, dans laquelle ils se sont glissés. La question de la crise anglophone qui secoue les régions du Sud-Ouest et Nord-Ouest du Cameroun s’invite au spectacle. « Souffrir de trop se dévoiler ; souffrir de pas se dévoiler » « solitude, abandon, mépris, tristesse, colère, violence, rejet, déception, silence, silence… », crient -t-ils en chœur. Ils s’en moquent à la fin. Le cri du silence.

Le cri du silence de Chantal Gondang

Le spectacle « le cri du silence » qui aura duré 1h10 min vendredi 12 mars 2021 a été mis en scène par la chorégraphe Chantal Gondang qui a décidé de mettre en lumière les hommes déplacés. «Quand on parle de personnes déplacées, généralement on parle de femmes et enfants. Chaque être humain à quelque chose, un secret qu’il a vécu dans son enfance qui l’a fait mal. Quelque chose qu’on ne raconte à personne. Ces démons qui nous pourchassent, qu’on en parle pas. On souffre en silence. Ces hommes souffrent dans le silence », constate le chorégraphe.   

Mathias Mouendé Ngamo